Centrale à gaz à Guipavas. Qui veut supprimer les centrales de Dirinon et Brennilis ?

24 février 2011

Parmi toutes les rumeurs, celle d’une éventuelle fermeture des turbines à gaz de Dirinon et Brennilis commence à courir.
Pourquoi ces centrales ? Quand ont-elles été construites ? Pourquoi les arrêter ?

Quelques réponses.

Leur histoire commence en 1978.

Fin août 78, période de vacances, une annonce est faite dans les pages « Landerneau » de la presse locale. Un véritable scoop !
Depuis plusieurs mois déjà, les militants locaux sont engagés dans la lutte contre la centrale nucléaire qui, pour le moment, est prévue à Ploumoguer. Ils préparent déjà la manifestation qui devrait être massive, en septembre, à Brest (15 000 personnes répondront effectivement à l’appel) après les grandes manifestations contre la marée noire de l’Amoco-Cadiz.
Ce qu’ils lisent ?
« Le projet d’implantation d’une centrale nucléaire à Ploumoguer aurait-il réellement fait naufrage avec le super-tanker qui vient d’empoisonner toute la côte ? » car, poursuit le journaliste, deux communes, Brennilis et Dirinon, « sont en piste » en vue de l’implantation d’une centrale thermique.
Les militants antinucléaires ne sont pas loin de penser qu’il s’agit d’une diversion mais le projet semble sérieux et un schéma est même associé à l’article.
En fait, EDF rétablit rapidement la vérité. La centrale nucléaire est toujours au programme mais en attendant sa construction il est important de répondre au besoin d’électricité pendant « les pointes ». Depuis cette date elles remplissent leur rôle.

La centrale de Dirinon

EDF en fait même une promotion active. Voir:  http://energie.edf.com/thermique/carte-descentralesthermiques/turbines-a-combustion-de-dirinon/presentation-52672.html

Depuis 1978, les centrales de Cordemais, Brennilis et Dirinon forment un même ensemble qui lie entre eux les cinq départements bretons.

 » Quelques mots sur les turbines à combustion

Fonctionnant avec des combustibles fossiles (gaz naturel ou fioul domestique) les turbines à combustion représentent une technologie récente. Elles intègrent dès la conception les techniques les plus modernes au service d’un environnement préservé.

Les turbines à combustion :

* produisent de l’énergie électrique pour faire face aux pointes et extrêmes pointes de consommation.
* garantissent une sécurité d’alimentation en étant prêtes à tout moment à remplacer la production d’une autre installation défaillante.
* démarrent sans aucune source d’énergie externe pour fournir l’électricité nécessaire au redémarrage des autres centrales classiques ou nucléaires en situation perturbée.

Des centrales remises à neuf en 2009-2010

C’est ce que nous révèle un récent dossier de presse que EDF consacre à la centrale de Cordemais et aux cinq turbines finistériennes de Brennilis et Dirinon qui lui sont reliées.
« Les turbines à combustion de Brennilis et Dirinon sont situées dans le Finistère en Bretagne. Elles représentent 465 MW de puissance installée (2x 85 MW + 125 MW à Brennilis et 2X85 MW à Dirinon). 2 éoliennes sont également installées sur le site de Dirinon (chacune 850KW).
Les turbines à combustion de Brennilis et Dirinon sont destinées à fonctionner pendant les périodes de forte consommation, de saturation et de sécurisation du réseau.
Elles fonctionnent en moyenne quelques dizaines d’heures par an et peuvent être démarrées très vite, sans préavis et avec une grande fiabilité.
Afin de préserver la fiabilité et la réactivité des turbines à combustion de Brennilis et Dirinon, des opérations de maintenance ont été menées en 2009 et se poursuivront en 2010, avec notamment une inspection majeure débutée en avril sur le site de Brennilis et une à l’automne sur le site de Dirinon.

Cette opération d’une durée de 4 mois consiste à :

- déposer les rotors de la turbine et de l’alternateur de la TAC, à les transporter en usine chez le constructeur pour expertise afin de réaliser des travaux de maintenance (équilibrage et remplacement des pièces usagées).
- rénover les principaux composants électriques (disjoncteur, tableaux, transformateur etc.).
- optimiser le contrôle commande par un système d’historisation des données de production qui gagne en efficacité. Plus de 100 personnes interviennent sur le chantier (EDF et prestataires).
Entre 2009 et 2010, 26 millions d’euros auront été consacrés à la révision complète des 4 Turbines à Combustion de 85 MW. »
Fiables et efficaces sont donc les turbines de Dirinon et Brennilis si on en croit EDF. Alors pourquoi ces rumeurs de fermeture ?

Qui veut fermer Dirinon et Brennilis ?

Une rumeur circule, relayée par certains médias :
« La future centrale (cele de Guipavas) remplacera les anciennes au fioul de Dirinon (170 MW) et Brennilis (295 MW), qui ne tournent que 200 heures par an, lors des pics de consommation.
Toutefois, elle fonctionnera bien plus régulièrement. D’abord pour une question de rentabilité.
Aucun industriel n’investirait pour si peu de production. Leur seuil de rentabilité se situe aux alentours de 5 000 heures par an (trois jours sur cinq).
Dominique Ramard, conseiller régional en charge de l’énergie, y voit aussi une volonté « de trouver une forme d’autonomie et de rassurer les entreprises ». Cette centrale produirait 10 % des besoins bretons, contre 34 % en énergies renouvelables (surtout de l’éolien) et 56 % d’approvisionnement extérieur (nucléaire et thermique). » (Ouest-France)
Il faut lire la nouvelle autrement :
« Si une centrale au gaz de 450Mw fonctionnant un minimum de 5000 heures par an était installée dans le Finistère, alors on pourrait fermer les centrales de Dirinon et Brennilis qui remplissent bien leur rôle mais coûtent cher à EDF en frais de fonctionnement et d’entretien. »
Le problème est bien celui-là : les centrales de Dirinon et Brennilis sont là pour assurer la sécurité du service public de l’électricité et non pas pour garantir les bénéfices d’actionnaires privés.
Leur fermeture et l’implantation d’une centrale GDF/Suez vont simplement dans le sens de la privatisation des services publics.

Rumeur ou intoxication ?

Lancer la rumeur d’une fermeture de ces centrales est habile. Le recours obligatoire à une solution de remplacement deviendrait crédible.
Mais qui peut penser qu’après une remise à neuf et 26 millions d’euros investis on les mettrait au rencard ?
On peut d’abord s’attendre à la résistance des travailleurs EDF qui voudront défendre leur outil de travail (voir à ce sujet le dossier de presse de mai 2010).
On imagine mal également l’absence de réaction des maires de Dirinon et Brennilis. Les centrales leurs apportent des royalties dont ils n’aimeraient pas se priver.

Conclusion

Ne nous laissons pas intoxiquer par la rumeur. Ces centrales dureront le temps qu’il faudra pour voir la montée en puissance des économies d’énergie et des énergies renouvelables.
Alors, une centrale à Guipavas ?
Encore une fois, Non Merci !

Les centrales en chiffres.

Dirinon : TAC 86 MW + 86 MW
Brennilis TAC 86 MW + 86 MW
130 MW + 2 éoliennes de 0,85 MW
Puissance totale : 474 Mw
Heures de production en 2008 : 674 h
Heures de production en 2009 : 989 h
Nombre de démarrages en 2009 : 264

Mercredi 23 février 2011, par Gérard Borvon

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