A Landivisiau, un projet de centrale électrique sous haute tension (Médiapart)

5 mai 2019
3 mai 2019 Par Christophe Gueugneau

 

Le chantier d’une future centrale à gaz a commencé fin janvier dans le Finistère. Les opposants s’activent pour retarder les travaux. Mais la répression est féroce : militants gardés à vue, amendes, convocations… et une manifestation prévue samedi qui risque d’être interdite. Sur le front juridique, une audience décisive a lieu vendredi à Nantes.

 

 

Landivisiau (Finistère), de notre envoyé spécial.– C’est un face-à-face récurrent depuis quelques semaines : côté route, sur le bas-côté, une dizaine de militants sortent les sardines en boîte et les sandwichs, le café et le jus de pomme pour un pique-nique improvisé ; de l’autre côté du fossé, un maître-chien marche de long en large. Entre les deux : une barrière de deux mètres de haut qui encercle le terrain d’une future centrale électrique fonctionnant au gaz. Depuis la fin janvier, les premiers coups de pelleteuse ont résonné sur le vaste terrain retenu pour le projet. Et depuis ce jour, les opposants n’ont de cesse de montrer leur détermination.

Lundi 29 avril, les militants découvrent éberlués qu’une deuxième rangée de barrière est en cours d’installation. « On dirait les douves d’un château », grince l’un d’eux. « On avait déjà les vigiles, les maîtres-chiens, la vidéosurveillance, et voilà donc qu’ils en rajoutent une couche », ajoute un autre. Un film plastique noir est ensuite tendu sur la seconde barrière – sans qu’on sache si cela sert à masquer aux yeux extérieurs ce qui se passe à l’intérieur ou, au contraire, à cacher à la vue, de l’autre côté, tout rassemblement extérieur. Plus glaçant encore, un panneau fixé à la barrière extérieure annonce : « Chantier interdit au public – Site placé sous vidéoprotection – Traçage ADN – Intervention sur site ».Alors que la France, son président en tête, se veut « championne du climat », les chantiers récents, dénoncés comme non climato-compatibles ou polluants, poussent à l’abri des barrières. Comme à Bure et son futur site d’enfouissement de déchets nucléaires – il s’agit-là d’un mur ; comme en banlieue de Strasbourg – le chantier de l’autoroute du « grand contournement ouest » ; comme à Romainville en banlieue parisienne – une forêt sauvage remplacée par une base de loisir. Il faudrait rajouter l’adjectif « enclos » à l’expression « grands projets inutiles et imposés ».

Sur le chantier de la centrale à Landivisiau. © CG

À Landivisiau, les barrières « protègent » pour l’instant une friche. Ici devrait voir le jour une centrale à cycle combiné gaz d’une puissance de 446 MW (mégawatts). L’appel d’offres a été remporté en 2012 par Direct Energie, allié pour la circonstance à l’industriel Siemens. La Compagnie d’électricité de Bretagne (CEB) a été créée pour l’occasion. Le coût estimé de l’opération est d’environ 490 millions d’euros. Mais il faut ajouter à cela un gazoduc de 20 km pour l’alimenter, un autre de 111 km pour renforcer le réseau, et une ligne très haute tension pour acheminer l’électricité produite vers le poste de La Martyre, à 18 km. Direct Energie a depuis été rachetée par Total.

Le début du chantier le 21 janvier, après beaucoup de retard, a réveillé les opposants. Par petits groupes, ils tentent depuis de ralentir les travaux, en empêchant les camions et autres tracteurs de rentrer ou de sortir. Une manifestation, le 23 février, a rassemblé mille personnes (Landivisiau compte 9 000 habitants). Une partie de la barrière est tombée ce jour-là. Et trois jours plus tard, des militants ont tenté de s’opposer à ce qu’elle soit remise en place.

Jean-Yves Quéméneur est un grand gaillard avec un large ciré rouge. Il est président de Force 5. L’association – environ 160 membres à jour de cotisation – a obtenu depuis peu, devant la justice, la reconnaissance de son droit à agir, qui lui était contesté. Son président se retrouve depuis lors particulièrement visé par la riposte des autorités. Le 20 mars, avec d’autres camarades, il a tenté de bloquer la circulation à proximité du chantier. Quelques palettes, une quinzaine de personnes. Les gendarmes ont foncé, à quatre pour l’extraire. Sept heures de garde à vue plus tard – dont deux heures en « chambre de sécurité », dit-il – le voici convoqué au tribunal le 17 janvier prochain.

Loïc Le Polles, de l’association « Landi doit dire non à la centrale » (LDDNC, environ 400 adhérents mais une centaine d’actifs et un noyau dur d’une trentaine) : « Le sénateur Jean-Luc Fichet [Finistère, socialiste – ndlr] a appelé le préfet, qui lui a confirmé que Jean-Yves était particulièrement dans le collimateur. »

De fait, il n’est pas le seul dans le collimateur. Jeudi 2 mai, une réunion à la préfecture en vue d’une manifestation prévue samedi 4 mai ne s’est pas bien déroulée. Arguant que la sécurité du cortège n’était pas bien assurée, la préfecture a en effet décidé d’interdire un périmètre autour de la centrale. À 48 heures de l’événement, déjà annoncé, c’est un coup dur pour les opposants. Mais ce n’est pas le seul de ces dernières semaines. Après l’action en mars, outre Jean-Yves Quéméneur, une dizaine de personnes ont été convoquées par les gendarmes. Les convocations tombent parfois un peu au hasard : « Certains, qui étaient là, ne reçoivent rien, d’autres, qui n’étaient pas là, en reçoivent parce que leur plaque a été relevée », s’agace un opposant.

À une demi-heure de Landivisiau, le petit village de Saint-Rivoal dans les monts d’Arrée. Ici, un autre foyer d’opposants attire particulièrement l’attention gendarmesque. Olivier, 66 ans, les cheveux en bataille et les mains pleines de cambouis, lève la tête du moteur de sa voiture. Il a fait 8 heures de garde à vue pour la manifestation où les barrières sont tombées. Arrêté à Sizun, emmené toutes sirènes hurlantes et à 140 km/h à Plourin-lès-Morlaix, il est accusé de dégradation de matériel et même de violences sur agents. « Un gendarme dit que je l’ai attrapé par le gilet pare-balles, moi je dis que ce sont eux qui ont chargé. » Pour l’instant aucune suite, pas de convocation au tribunal. Pendant sa garde à vue, une trentaine de personnes se regroupent devant la gendarmerie, donnant lieu à une nouvelle arrestation. « Ensuite le lendemain, ils ont débarqué ici, dans cette maison de Saint-Rivoal. »

C’est Gwenno, jeune saisonnier agricole qui habite là, qui poursuit : « Ils ont débarqué le matin à une quinzaine. Comme ils étaient dans le cadre d’une enquête de flagrance, ils sont entrés et ont jeté un œil dans chaque pièce de la maison. Ils ont distribué des convocations à tous les gars qui se trouvaient là, au fur et à mesure que ceux-ci se réveillaient. On nous reproche une dégradation avec la circonstance aggravante d’avoir eu le visage dissimulé. » Depuis, la maison de Saint-Rivoal voit régulièrement passer les gendarmes.

 

 Aujourd’hui la situation est difficile »

Quand il ne s’agit pas de répression judiciaire, les autorités frappent aussi au portefeuille. Une ordonnance a été prise par le tribunal, autorisant un huissier à distribuer des amendes de 5 000 euros pour les personnes tentant de s’opposer au bon déroulement du chantier. Le 5 avril, un groupe essaie de barrer la sortie à un tracteur. L’huissier est là. Il demande leur identité aux militants qui refusent de la donner. Un contrôle de gendarmerie plus tard, ils sont une dizaine à recevoir le fameux papier et risquent tous d’avoir à payer 5 000 euros d’amende. Sur la liste des personnes visées, des choses étonnent, comme la mention « figure au FPR [fichier des personnes recherchées – ndlr] – ne pas attirer l’attention », à côté du nom d’un militant, ou bien à côté d’une autre, le fait qu’elle est la compagne d’Untel.

Même les rassemblements devant la gendarmerie donnent lieu à un festival d’amendes : qui pour un stop glissé, qui pour un clignotant défectueux, qui pour un pneu lisse. « C’est bien pour ça qu’on répare nos bagnoles », se marre Olivier. Une autre militante s’est vu verbaliser pour distribution d’imprimés sur la voie publique. « On découvre des trucs juridiques tous les jours », philosophe Gweno.

Une autre encore a pris une amende parce qu’elle n’avait pas ses papiers, elle habitait pourtant à 100 mètres et se proposait d’aller les chercher. Sans succès.

Pique-nique d’opposants devant le site de la future centrale. © CG

« Ça étonne tout le monde, le poids du judiciaire et du policier dans ce dossier », affirme Christine, militante EELV de la région, présente au pique-nique. « L’opérateur veut nous intimider, il a l’État derrière lui », ajoute Émile. Loïc Le Polles, qui gère avec sa femme une production de plantes aromatiques à quelques kilomètres de Landivisiau, insiste quant à lui sur l’unité des opposants après des années de lutte malgré leur diversité : « Ici, il y a des jeunes avec des vieux, des gens qui viennent là par la santé, d’autres par le climat, d’autres par le gaspillage d’argent public, un communiste pur jus qui fraternise avec un catho convaincu, jusqu’à devenir son meilleur ami. On tient la dragée haute à Total alors qu’on n’est qu’une cinquantaine, on tient quelque chose de fort, là. » « Ça a créé une fraternité, complète Jean-Yves Quéméneur, on est une cinquantaine, d’horizon et de profils divers, face à la gendarmerie, face aux vigiles. »

Lundi soir, une quinzaine d’opposants se retrouvent chez Loïc, autour d’une soupe et d’un verre de bière. Dans la grange en face de la maison, une longue table est installée. Tout le monde prend place. Il y a là Christiane, trésorière de l’association LDDLC – « je suis Picsou ! » – , qui s’est engagée d’abord pour la santé. Tout comme Monique, qui vient de Lampaul-Guimiliau – « au village, on me prend pour une toquée ».

Il y a Aline, jeune femme qui « donne un coup de main » depuis janvier parce que sa sœur, Mélanie, habite à Landivisiau. Mélanie, elle, a mis un peu de temps à s’impliquer mais est très active depuis quelques mois.

On retrouve Angélique, aperçue au pique-nique et qui « lutte depuis le tout début », d’abord au sein du conseil municipal, où elle était élue d’opposition, puis à partir de 2014 au sein de l’association LDDNLC. À côté d’elle, Josée, qui était contre ce « projet d’arrière-garde » alors même qu’on ne savait pas encore où il devait se faire et qui est « encore plus d’arrière-garde après toutes ces années ». Jean Corbel, ancien d’EDF, passé par la centrale au charbon de Cordemais, puis par le siège parisien, s’oppose au projet depuis qu’il est sorti « éberlué » d’une séance de présentation au conseil municipal de Landivisiau, choqué que le seul choix offert aux citoyens, soit celui « des arbres et des fleurs qui entoureront la centrale ». Il est depuis peu porte-parole de l’association Bretagne vivante. Pour lui, c’est clair : « C’est un projet polluant, coûteux et inutile. »

Isabelle Chaillou, compagne de Loïc Le Polles, a vécu ce projet de centrale « comme une agression ». « Ce que je ne comprends pas, c’est que malgré le fait que ce projet soit en complète contradiction avec ce qu’il faudrait faire aujourd’hui, les décideurs soient capables de continuer », dit-elle. Et d’ajouter : « Aujourd’hui la situation est difficile parce qu’on n’arrive pas à se faire entendre, on passe pour des terroristes. »

Plus jeunes, Ewen Jaouen et sa compagne, Pauline, sont éberlués de voir les politiques tellement déconnectés. Sa compagne vient de Landerneau, elle parle à qui veut l’entendre de cette centrale, un projet « vraiment mal connu ». À leur côté se trouvent Adrien, qui habite à 21 km de Landivisiau avec Morgane (et leur petit bébé Corentin), bien présente : lui s’intéresse aux moyens alternatifs de produire de l’énergie, elle, ne comprend pas qu’alors même que la Bretagne est confrontée à des pics de pollution, il se trouve encore des politiques pour défendre le projet.

Présent pour la première fois, Briac. Fait intéressant, celui-ci vient de monter une branche d’Extinction Rebellion – ce nouveau mouvement pour le climat venu d’Angleterre qui prône la désobéissance civile – à Morlaix. Il est venu pour bâtir des passerelles, réfléchir au mouvement climat et à l’articulation entre « les demandes générales mondiales et les luttes locales ». Une formation à l’action non violente a déjà eu lieu dans le coin il y a quelques jours, l’idée est à présent de savoir quoi en faire.

La lutte se veut aussi politique. En 2014, une liste d’opposants s’est présentée à la mairie de Landivisiau, elle n’a échoué qu’à une centaine de voix. Les opposants rencontrent également les députées, en l’occurrence, Graziella Melchior et Sandrine Le Feur. Toutes deux ont été élues avec l’étiquette LREM, dans la foulée de l’élection d’Emmanuel Macron. Et toutes deux défendent la centrale. Une rencontre récente avec Graziella Melchior a d’ailleurs laissé un goût amer, les arguments en faveur du projet paraissant plus que légers.

 

 

Manne financière pour Total

Le principal d’entre eux consiste à agiter le spectre du « black-out » en Bretagne : le risque d’une coupure généralisée de courant dans un moment de grande tension. « Le risque du black-out, c’est un mensonge », grince Émile. L’ancien d’EDF Jean Corbel sort ses documents : « RTE indique clairement que le réseau n’est pas en danger et qu’il n’y a pas non plus de risque de black-out. » Il a raison. Dans une note de 2018, Réseau de transport d’électricité écrit : « La mise en service en 2017 du Filet de sécurité Bretagne, une ligne électrique souterraine de forte puissance, contribue fortement à l’équilibre des flux dans la zone. Ainsi, malgré la fermeture récente de centrales de production au fioul sur le site de Cordemais (Pays de la Loire), la consommation électrique ayant cessé de croître, la situation électrique de la Bretagne peut aujourd’hui être considérée comme stabilisée. » Corbel rappelle également que la France est exportatrice nette d’électricité.

Pourquoi maintenir la centrale de Landivisiau dans ce cas ? Tout simplement parce qu’elle était prévue. En 2010, l’État, la région Bretagne, RTE, l’Ademe (l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et l’ANH (agence nationale de l’habitat) ont signé un « pacte électrique breton ». Celui-ci reposait sur plusieurs leviers : maîtrise de la consommation, développement des sites de production (énergies renouvelables et centrale de Landivisiau) et renforcement du réseau électrique. En 2019, ce pacte s’avère beaucoup moins utile. Le réseau a été renforcé, la consommation d’électricité en Bretagne est stable. Pour Me Alexandre Farro, avocat de l’association Force 5, c’est aujourd’hui « une tarte à la crème ».

L’avocat devait le rappeler vendredi 3 mai devant la cour administrative d’appel de Nantes. Car la bataille se joue aussi sur le terrain juridique. Après plusieurs péripéties, l’association Force 5 s’est vu reconnaître son intérêt à agir. Vendredi matin, rendez-vous était donné à 10 h 30 aux opposants à Nantes, pour soutenir Me Farro. Celui-ci conteste au nom de Force 5 l’arrêté du 6 mai 2015 pris par le préfet autorisant la CEB à créer et exploiter l’installation de production d’électricité à Landivisiau. En première instance, le 27 octobre 2017, Force 5 a vu sa requête rejetée.

Le recours porte sur l’ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement). « Sous ce nom barbare se cache la plus importante autorisation à obtenir pour un projet industriel. C’est l’autorisation d’exploitation que l’on attaque », explique Me Farro. « Le tribunal va regarder notamment comment s’est déroulée l’enquête publique, l’étude d’impact – sur l’environnement, sur le milieu, le paysage », ajoute l’avocat.

Les opposants ne manquent pas d’arguments. Ils estiment tout d’abord que le préfet n’a pas pu prendre une décision éclairée puisque, alors que c’est obligatoire, la CEB n’a pas présenté de solution de substitution au projet lors de l’étude d’impact. Or, des solutions existent, et notamment le projet de liaison électrique Finistère-Irlande, dénommé CELTIC Interconnector, qui consiste à créer une liaison souterraine et sous-marine de 700 mégawatts (MW) entre le poste électrique de La Martyre et le poste électrique de Knockraha. Ce projet avait d’ailleurs donné lieu à une drôle de lettre du préfet de région Bretagne, Patrick Strzoda (oui, le même que dans l’affaire Benalla), en avril 2014, adressée à RTE. Alors que ce dernier voulait lancer des études sur cette interconnexion, Strzoda lui a gentiment demandé de reporter son projet, de peur d’envoyer un « mauvais signal pour l’avenir de la centrale de Landivisiau » (lire notre article de l’époque).

Par ailleurs, les opposants dénoncent le fait que l’enquête publique n’a pas pris en compte un nombre important de courriers parce qu’ils émanaient d’opposants déclarés au projet. D’un point de vue environnemental, ils accusent la CEB d’avoir biaisé ses mesures de pollution en choisissant sciemment des périodes de faible pollution. La ville est en effet sous le coup de plusieurs sources de pollution : la pollution d’origine agricole, la présence de la base aéronavale, et surtout, la RN12 qui longe la ville. « Landivisiau, bien que commune de petite taille, compte un niveau de pollution équivalent à celui d’une métropole comme Brest », rappelle Force 5. Or la CEB n’a pas effectué ses mesures à proximité de la 4 voies, alors que le site de la centrale y sera.

Dans son étude d’impact, l’opérateur estime qu’en fonctionnant 8 000 heures par an, la quantité annuelle de CO2 émise atteindrait quasiment les 1,5 million de tonnes, et près de 1 100 tonnes pour les oxydes d’azote. De quoi inquiéter les familles de Landivisiau, dont les enfants vont faire du sport sur un terrain situé à quelques centaines de mètres à peine de la centrale. Ces niveaux de pollution pourraient par ailleurs avoir une autre conséquence : les paysans bio basés à proximité pourraient se voir retirer leur label.

Les opposants reprochent également à la CEB de n’avoir rien fait pour protéger l’espèce protégée de l’escargot de Quimper. Lors de l’étude d’impact, la société chargée d’évaluer la présence de cet escargot sur le site se serait rendue coupable d’un faux, puisque, en ayant trouvé, elle a sciemment affirmé le contraire, selon le témoignage d’un ancien salarié produit par Me Farro.

Pour l’avocat, joint par Mediapart quelques jours avant l’audience, « si l’on a affaire à un juge qui applique les règles du droit, je suis confiant. Après, je ne connais pas la longueur du bras de Total ». Il ajoute : « Ce que je remarque, c’est que l’on a échangé, avec Direct Energie, quatre mémoires en appel, et que le ministère de l’écologie ne répond plus ! Les juges peuvent interpréter ça comme un signal : le ministre ne défend plus le dossier. » En cas d’annulation de l’ICPE, tout serait à refaire pour Direct Energie : « On se met au minimum 8 ans dans les gencives. ».

En face, Total Direct Energie n’est cependant pas près de lâcher l’affaire. Et pour cause : la centrale de Landivisiau, c’est l’assurance de recevoir une manne de l’État pendant au moins 20 ans. L’accord prévoit que la CEB touche 40 millions par an. Pour l’opposante Morgane, « c’est un cadeau à Total point barre, sauf qu’on n’a plus le temps de faire des cadeaux à Total ».

 

Un camion quitte le site de la future centrale. © CG

Une autre question reste posée : d’où viendra le gaz brûlé dans la centrale ? Récemment, l’Observatoire des multinationales a révélé coup sur coup que du gaz de schiste américain était importé en France, puis que Total venait d’annoncer un investissement de 700 millions dans un nouveau projet de gazoducs et de terminal d’exportation de gaz de schiste en Louisiane. Les autorités françaises auront bon dos de vanter le caractère « propre » de la centrale à gaz au vu de ces informations.

Reste une derrière barrière à faire tomber pour les opposants. Mentale celle-ci. Dans une zone de Bretagne sinistrée du point de vue industriel (la fermeture de l’abattoir Gad à Lampaul-Guimiliau est encore dans toutes les têtes), la question de l’emploi que pourrait créer la centrale – soit directement, soit par appel d’air, selon ses promoteurs – continue de peser dans le débat. Pourtant, rappelle Loïc Le Polles, la centrale elle-même, une fois en fonctionnement, ne nécessiterait que 40 emplois, dont une grosse partie de spécialistes de ce genre de centrale, « ça m’étonnerait qu’ils les trouvent dans le coin ».« Certes, explique Gwenno, il y a dans le coin une situation sociale qu’on ne peut négliger. Mais nous, on a fait des argumentaires sur les retombées en termes d’emploi sur isolation des maisons et tout, et ça ne prend pas. Les politiques, ils se disent investis pour développer l’emploi, et pourtant on les a pas beaucoup vus lors de la fermeture de Gad. » Olivier secoue la tête et lance, un sourire en coin : « Avec tous les vigiles qu’ils ont dû embaucher à cause de nous, on a déjà créé de l’emploi en fait. »

 

 

 

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