Énergie. Mieux produire et consommer moins

17 mars 2011

2030. La Bretagne n’est pas épargnée par la crise énergétique majeure qui frappe la planète. Les énergies fossiles sont hors de prix. Le pétrole se négocie désormais à plus de 100 dollars le baril. Inutile d’espérer, cette fois-ci, un retournement de situation.

Après la fracture sociale, c’est la fracture énergétique qui morcelle la société. Depuis une dizaine d’années, les plus faibles économiquement peuvent difficilement financer leur consommation d’énergie. Ou entreprendre des travaux de rénovation et d’isolation dans leur logement pour consommer moins. Pourtant, dans ce domaine, les choses ont avancé. la réglementation thermique adoptée en 2005 a permis, au fil des ans, de mettre aux normes les quelque 870.000logements, inadaptés sur le plan de la performance énergétique, qui avaient été recensés à l’époque.


Energie renouvelable : 50 % des besoins régionaux

Les mieux lotis, eux, continuent à consommer normalement, ne jurant plus que par la voiture électrique. La multiplication des véhicules a, bien évidemment, fait monter de manière exponentielle la consommation d’électricité dont la production dépend toujours fortement du nucléaire. Toutefois, la part du renouvelable (éolien terrestre et maritime, hydrolien, solaire, valorisation de la biomasse et des déchets) est de plus en plus importante. À présent, elle représente 50% des besoins régionaux en énergie. Dans ce domaine, la Bretagne a opéré une belle révolution. En 2010, elle ne produisait que 8 % de ce qu’elle consommait. La recherche de la baisse de la consommation et la décarbonisation de la croissance, liée à une fiscalité écologique de plus en plus incitative, ont engendré une nouvelle économie. Les formations professionnelles dans le bâtiment ont considérablement évolué, privilégiant depuis longtemps l’isolation par l’extérieur. Les constructions à énergie positive, qui produisent plus qu’elles ne consomment, sont partout une réalité. Mais fini les zones pavillonnaires. Et place aux petits collectifs. Une forme d’habitat qui se prête mieux au développement de l’autonomie énergétique (panneaux solaires, petites éoliennes, petites unités de méthanisation de quartier) et qui limite les transports collectifs.

L’évolution du photovoltaïque

Cela fait des années que l’installation de panneaux est obligatoire sur les bâtiments sortant de terre. La technique du photovoltaïque a considérablement évolué. En 2030, les panneaux sont beaucoup plus productifs qu’en 2020, année où la France a franchi le cap des 500mégawatts d’origine solaire. En 2010, on atteignait péniblement les 25 mégawatts. La préhistoire. Le photovoltaïque est devenu un immense marché. Les entreprises continuent à proposer aux particuliers d’installer des panneaux sans bourse délier. Elles se payent ensuite sur le rachat des kilowatts produits par EDF et les autres opérateurs. Mais aussi au prorata des économies d’énergie réalisées. Autre nouvelle donne très importante : le coût de production du kWh photovoltaïque est devenu inférieur à celui du nucléaire. Marquant ainsi la décrue du parc atomique français. D’importantes fermes solaires ont gagné des terres qui, depuis des décennies, restaient désespérément vierges. Ces installations nécessitent énormément d’espaces. Car il faut trois hectares de capteurs pour produire un mégawatt. Très tôt, elles ont intéressé les investisseurs, les risques financiers étant infimes. En Bretagne, région peu forestière, le bois n’a jamais été réellement porteur d’avenir. En 2030, cette filière produit à peine 10% de l’énergie consommée. Les perspectives de développement sont à présent quasiment nulles.

Accords autour de la méthanisation

La méthanisation, en revanche, a le vent en poupe. Une multitude de petites centrales, construites à l’échelle des communes et des villages, ingurgitent les déchets organiques des élevages hors-sol. Mais aussi des boues de stations d’épuration, des eaux grasses, des tailles de haies ou encore des tontes de pelouses. Le lobby écologiste s’est longtemps opposé à cette technique. Craignant que son développement ne pousse les pouvoirs publics à encourager les élevages hors-sol. Finalement, après d’âpres discussions, des accords ont été trouvés permettant à la France et à la Bretagne de rattraper le temps perdu et de produire, par ce biais, près de 10% de l’énergie consommée dans la région.

Dossier réalisé en partenariat avec l’Ademe et le Pôle MerBretagne.

* Didier Déniel

Source: Le Télégramme (06/01/2011)

La mer source infinie d’énergie

En 2030, une économie importante s’est développée autour des énergies marines, le long des 2.700 km de côtes de la Bretagne. Brest, par exemple, est devenue une immense plate-forme de tests, d’innovation et de maintenance pour les éoliennes flottantes.

En 2030, plus de 30 % de l’énergie est produite par le vent. L’éolien terrestre existe toujours. Mais il a vite montré ses limites pour des raisons évidentes d’occupation de l’espace. Les hommes se sont alors tournés vers la mer où, depuis quinze ans, est produite une bonne part de l’énergie consommée à terre. Energie acheminée par un puissant et vaste réseau international de câbles sous-marins. En 2020, l’éolien marin a atteint les 6.000 gigawatts au niveau national. Les premiers parcs ont été développés dans la baie de Saint-Brieuc, en 2015, avec des éoliennes de première génération fixées sur le plateau continental, à moins de 50m de profondeur. Cette technique ne permettant pas de développer de nombreux parcs sur le littoral breton au plateau continental trop profond, elle a été supplantée par des aérogénérateurs flottants. Technologie développée pour la première fois en 2010, en Norvège, avec le prototype Hywind de 100m de tirant d’eau, fixé par 300m de fond. Des entreprises spécialisées, comme Nass&Wind de Ploemeur, ont développé plusieurs fermes d’éoliennes flottantes le long de nos côtes. Les zones d’exploitation sont très étendues. Et suffisamment éloignées pour des raisons évidentes de nuisances visuelles. L’entretien des machines est facilité car, contrairement aux structures fixes, elles peuvent être facilement remorquées jusqu’à la côte. Autour de ces installations est née une nouvelle économie du littoral. Ainsi, à Brest et à Lorient, plusieurs milliers de personnes travaillent sur une plate-forme de maintenance pour ces énormes générateurs.

Le Fromveur, grand producteur d’énergie

En 2030, une bonne partie de l’électricité est produite aussi par les courants marins et les mouvements de la mer. La France a su tirer profit de son énorme potentiel hydrolien, le deuxième en Europe après la Grande-Bretagne. Les premières implantations expérimentales, avec des rotors de 10 m de diamètre, ont été menées par EDF sur Paimpol et par Sabella, une entreprise cornouaillaise. Puis ont suivi des hydroliennes bien plus puissantes de 20m de diamètre, fixées sur les fonds marins les plus balayés par les courants. En 2030, les principaux sites d’exploitation sont le Fromveur, entre Molène et Ouessant, le Raz de Sein mais aussi Paimpol et Bréhat. Dans le golfe du Morbihan, ainsi que dans les principaux estuaires, de plus petites machines marémotrices ont été implantées. Leur production peut être facilement planifiée et abondée en cas de faible coefficient. Parallèlement, leur ancêtre, le barrage de la Rance, construit au début des années soixante, et nouvellement rénové, continue à fournir vaillamment ses mégawatts. Depuis quelques années aussi, les grands courants marins, les jets océaniques comme le GulfStream, desservent en énergie le continent. D’énormes turbines tournent jour et nuit, à des dizaines, voire à des centaines de kilomètres des côtes.

Des micro-algues comme carburant

La houle est également présente dans ce bouquet énergétique. Son énergie, de forte densité, présente l’avantage de pouvoir être captée assez discrètement en une multitude d’endroits:sous des pontons de port de plaisance, par exemple, ou le long d’une jetée. Le problème de la conversion du modèle ondulatoire en rotatif pour actionner les turbines a donné bien du fil à retordre aux ingénieurs qui se sont penchés sur la question. Un autre procédé, basé sur la biomasse marine, porte aujourd’hui ses fruits. Il est basé sur la valorisation de micro-algues que l’on cultive d’une manière intensive par photosynthèse dans les anciens kaolins de Guidel. Leur teneur en lipides est idéale pour en faire du carburant. Cette filière présente aussi l’énorme avantage de ne pas entrer en concurrence avec les terres réservées à l’alimentation humaine.

* Didier Déniel
Source: Le Télégramme (06/01/2011)

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