Pacte électrique breton. Signé ce matin pour éviter le black-out

17 mars 2011

Un pacte qui conserve comme objectif de diviser par deux la croissance de la consommation bretonne d’électricité d’ici 2015, la portant de 2,6% par an (deux fois plus que la moyenne nationale) à moins de 1,4%. Ce dispositif doit permettre une économie virtuelle de consommation de 950 gigawattheure d’ici 2015, « soit l’équivalent de la consommation d’une ville comme Rennes », souligne Dominique Ramard, conseiller régional délégué à l’énergie.

Une convergence de points d’action
Pour y parvenir, la région table sur un renforcement du programme Ecowatt d’alertes à la consommation électrique durant les pics, sur des économies d’énergie dans les exploitations agricoles et les industries agroalimentaires, ainsi que sur les dispositifs d’effacement diffus (microcoupures en périodes de pointe) de type Voltalis, avec un objectif de 60.000 boîtiers installés d’ici fin 2011.

La création d’une ligne haute tension enterrée de 225 000 volts entre Lorient et Saint-Brieuc, et l’implantation d’une nouvelle centrale au gaz naturel près de Brest, d’une puissance de 450 MW, doivent contribuer à sécuriser l’alimentation électrique de la région.

Les énergies renouvelables intégrées

Par ailleurs, la production électrique des énergies renouvelables doit être portée à 3.600 MWH en 2020, contre 845 actuellement, dont 1.800 pour l’éolien terrestre, 1.000 pour l’éolien offshore, 400 pour le photovoltaïque, 120 pour la biomasse et 10 pour les hydroliennes.

Le pacte est notamment financé, à hauteur de 24 millions d’euros d’engagements immédiats, par la Région et à hauteur de 50 millions d’euros par l’Etat.

Risque de black-out total
Portée par une démographie dynamique, la Bretagne consomme de plus en plus de courant. Ses besoins augmentent bien plus rapidement que ceux de la moyenne française mais sa production demeure extrêmement limitée au point que la quasi-totalité de l’électricité doit être importée. Et c’est là que le problème se pose: la région est une «péninsule électrique» alimentée par un réseau à très haute tension assez solide au sud mais par des lignes trop faiblardes au nord.
Résultat: comme s’il était livré par un robinet trop grand situé trop loin au bout d’un tuyau trop petit, le nord-ouest breton est à la merci d’une panne d’approvisionnement de son fluide énergétique vital. Surtout en hiver bien sûr, quand les frimas anticycloniques apportent leur lot de gel et de calme plat, aussi propices à l’emballement des compteurs qu’à la léthargie des éoliennes. À en croire RTE (Réseau de transport d’électricité), la situation est intenable et l’on risque à tout moment le délestage, les coupures locales, voire le black-out total. Et le seul moyen de garantir aux Bretons des hivers sans panne, c’est d’installer une unité de puissance de pointe dans l’Ouest, histoire de rééquilibrer le réseau lors des pics de consommation.

Borloo jette l’éponge
On a alors eu droit au projet de centrale thermique à gaz de Ploufragan (22), dite «de pointe» mais -rentabilité oblige- destinée à tourner dix fois plus que les seuls pics ne l’auraient justifié. Les écologistes se sont mobilisés contre le projet, les gens de Ploufragan n’en voulaient pas dans leur jardin, les élus locaux et départementaux de gauche ont accompagné le mouvement, et le président du conseil régional, lui aussi, a pris une ferme position anti-centrale. Pour lui, il s’agissait d’un projet mal ficelé, mal présenté, insuffisant pour régler la question bretonne et, de surcroît, soutenu par un gouvernement qui voulait le faire passer aux forceps.

La levée de boucliers a eu raison de la conviction ministérielle, et Jean-Louis Borloo a jeté l’éponge: puisque personne n’en veut, Ploufragan ne se fera pas. Jean-Yves Le Drian est alors devenu le sauveur électrique grâce à son tripode, ce projet global à trois composantes qui allait être baptisé plus tard «Triskell» et «pacte électrique breton». Il s’agissait de concevoir une opération alliant les économies d’énergie et le développement de la production d’énergies vertes avec, en nécessaire complément, une unité de production de pointe à l’Ouest.

Guerre et paix
Ce triptyque, qui était à l’origine une machine de guerre destinée à tordre le cou au projet de Ploufragan, est devenu, depuis, un élément de pacification entre le gouvernement de la région et celui de l’État. Finement négociée par un Le Drian aussi diplomate qu’il était devenu électro-technicien, l’affaire qui fâchait est devenue un projet commun. Le 5 juillet, lors de la Conférence régionale de l’énergie qu’il co-présidait avec Jean-Yves Le Drian, le préfet de région Michel Cadot confirmait l’acte de décès de Ploufragan, annonçait que l’État était désormais le partenaire actif de la Région dans la réalisation du trépied, faisait savoir d’emblée qu’il faisait son affaire de la centrale thermique à repenser, dont l’appel d’offres allait être lancé par l’État dès lors qu’un site serait retenu.

* Alain Le Bloas
Source: Le Télégramme (14/12/2010)

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